
Du 15.03 au 05.05.2012, galerie Next Level
Peaux d’âmes est une exposition collective à laquelle nous participons autour d’une thématique riche en interrogations et d’une technique artisanale noble : la céramique. Sans être un matériau de prédilection (notre matériau de prédilection étant plutôt la matière grise autant que possible), ce matériau est depuis longtemps présent dans notre travail, au tout début lors de l’édition de notre duo de Tasses Puzzle, puis lors de nos collaborations avec Raynaud et Revol. Cet intérêt pour la céramique s’est élargit en 2008, lorsque nous avons réalisé une pièce événementielle croisant les céramiques haute performance de St Gobain et la porcelaine de la Manufacture de Sèvres. Et bien sur notre culture céramique est devenue plus experte lors du commissariat d’exposition que nous avons réalisé l’année dernière pour la Cité de la Céramique : Mise en Oeuvre, le quotidien et l’exceptionnel sous l’oeil du design. Visage au grain de beauté s’inscrit dans ce parcours de recherche et de rencontres que nous affectionnons tant. Mais la parole est à la commissaire Sandra de Vivies :
“Six artistes et designers” (Élise Fouin, Farida Le Suavé, Natacha Lesueur, les Sismo, Tamsin van Essen) s’approprient la céramique pour évoquer la Terre, la société, l’Homme et ce qui le préoccupe dans sa chair.
Recourir à la terre pour susciter la réflexion autour de notre Terre, c’est revenir aux sources primitives de l’Humanité pour appréhender le monde contemporain dans sa substance. Il s’agit de tenir entre ses mains les deux bouts de la chaîne : les origines et le devenir, la matière première et le produit de sa transformation – au sens manufacturier – par les êtres humains. L’Homme n’est-il pas l’artisan de la société ? Gageons que si la céramique, et l’artisanat d’art au sens large, sont à la fois très à la mode et en proie à une certaine survivance, l’art de vivre ensemble l’est plus encore…
Créer aujourd’hui à partir du terreau originel relève de l’expérience philosophique et organique. Le duo de designers Les Sismo, la céramiste Tamsin van Essen, l’artiste Farida le Suavé, la designer et plasticienne Elise Fouin et la photographe Natacha Lesueur s’y sont livrés. En commun, leur sensibilité à l’histoire de l’Humanité et une attitude permanente d’observation du monde, intègre et précise. Leurs objets et sculptures d’apparence humaine questionnent ici sans détour mais dans toute leur complexité l’image sociale et le risque d’éclatement de la personne, l’entregent entre sexe et pouvoir, les tabous de la filiation et de la maladie, l’ambiguité de la vieillesse ainsi que celle de la disparition. Chaque œuvre ouvre une petite porte sur soi et sur l’autre. La surprise viendra de leur conversation.
La peau apparait comme le point de contact le plus évident entre l’individu et la société. Mais elle contient bien davantage car, pour faire écho à Valéry, « ce que nous avons de plus profond, c’est la peau ». Bouclier poreux de l’âme, l’(inter)face charnelle et dessinée possède son propre langage, non verbal : son aspect, ses mouvements, ses tensions ou sa fragilité disent beaucoup… De sorte, d’ailleurs, que l’une des obsessions actuelles estd’en gommer les marques (rides, cicatrices, tâches) et parfois même le caractère intrinsèque (grain, couleur) pour « faire bonne figure », s’intégrer, ou plutôt se fondre, dans une société devenue normative à l’excès.
Comme si la transparence sur la personnalité et l’habitus propres de l’être était à bannir de l’espace social. Un facteur d’exclusion. L’authentique faiblesse n’ayant quant à elle, selon le principe darwinien, pas droit de cité… « Faut-il accepter que la loi de l’espèce soit appliquée à l’homme socialisé ? » compte parmi les questions posées dans l’exposition parce qu’elle se pose de plus en plus violemment pour ou autour de chacun.
Dans le conte populaire Peau d’âne de Charles Perrault, ce sont a contrario la vérité du corps et son expression sociale qui triomphent : la roturière peut librement épouser son prince parce que son doigt, fin et délicat, est le seul seyant à la bague dévolue à la future princesse. De ce symbolique pied-de-nez à l’hégémonie contre-nature, mais aussi du constat d’une recherche universelle de « supplément d’âme », s’est imposé l’intitulé Peaux d’âmes.
L’exposition collective s’achèvera enfin la veille du second tour des élections présidentielles. Une période intense, propice aux interrogations. Les Français, à l’image d’autres citoyens du monde, balancent entre deux modèles sociétaux : l’un, hérité de la seconde révolution industrielle, plutôt autoritaire et vertical, et l’autre, en voie d’émergence, plus humain, latéralisé et fondamentalement « coopératif et empathique », selon le chercheur américain Jeremy Rifkin. Peaux d’âmes puisse-t-elle, à son humble niveau, contribuer à cette vaste concertation publique sur la civilisation à naître.
16.08.2012
à 10h16
29.07.2012
à 09h14
29.07.2012
à 08h02
29.07.2012
à 07h52
29.07.2012
à 07h29
29.07.2012
à 06h34
27.07.2012
à 09h07
27.07.2012
à 03h48